L’armillaire couleur de miel

« Très répandu dans les forêts, les parcs et les jardins, ce champignon est un redoutable parasite de faiblesse. »

L’on rencontre quatre différents types d’armillaire en Suisse. Armillaria borealis (armillaire du nord) A. cepistipes (a. à pied bulbeux) A. mellea (a. couleur de miel) A. ostoyae (a. à squames foncées).
Toutes ces espèces présentent les caractéristiques d’être à la fois saprophytes (vivant sur les tissus morts) et parasites (attaquant les tissus vivants). On dit que les armillaires sont des parasites de faiblesse, ils vont attaquer les arbres ayant été affaiblis. L’armillaire couleur de miel est la plus virulente.

Plusieurs paramètres peuvent occasionner l’affaiblissement d’un arbre. Certains sont naturels, comme par exemple une période chaude et de sécheresse prolongée ou encore une grosse blessure due aux conditions météorologiques lors de tempêtes.

Le plus souvent, c’est l’homme qui, par ses interventions, provoque l’affaiblissement d’un arbre. L’une des causes importantes est la plantation d’une essence inadaptée aux conditions du sol ou du climat. Les arbres d’ornement sont des arbres qui, d’une certaine façon, ont été sortis de leur milieu naturel, la forêt, pour être plantés dans nos parcs et nos jardins. Pour certaines essences, les conditions qu’elles vont rencontrer ne leur posent pas de problèmes majeurs.  Pour d’autres en revanche, le bon développement et la pérennité sur le long terme peut être fortement compromis. Les autres causes fréquentes d’affaiblissement d’un arbre sont la modification de la nature du sol, les creuses pour diverses raisons faites dans la zone racinaire et les blessures que cela provoque. Une forte réduction de la couronne est également très négative.

Suite à ces atteintes, le dépérissement des arbres n’est pas immédiat. L’affaiblissement est progressif, il se traduit pour l’arbre par un manque de vitalité et une perte de ses réserves d’énergie, réserves qui sont nécessaires à la mise en place du système de défense dont disposent les arbres.

Un arbre ayant de faibles réserves d’énergie va être attaqué par divers organismes qui vont tâcher de le coloniser.

L’armillaire couleur de miel est le champignon le plus enclin à coloniser et tuer les arbres affaiblis. La colonisation commence par le système racinaire, dans un premier temps, l’armillaire se comporte en parasite corticale, détruisant la zone cambiale juste sous l’écorce, empêchant ainsi la circulation de la sève. On voit alors sous l’écorce de longues palettes de mycélium blanchâtre. Beaucoup d’arbres n’arrivent pas à lutter contre cette attaque et se dessèchent rapidement jusqu’à être complètement morts.

Dans certains cas, les arbres arrivent à contenir et limiter l’attaque corticale tel qu’expliqué ci-dessus. L’armillaire peut alors se comporter en champignon lignivore. Elle s’infiltre dans le bois de cœur des racines principales et provoque leur décomposition. Petit à petit, elle progresse jusqu’au collet de l’arbre et peut même remonter quelques mètres sur le tronc. Une telle invasion diminue fortement l’assise mécanique des arbres attaqués, le risque de rupture par déracinement augmente au fil du temps.

Comment identifier l’armillaire ?

En détachant l’écorce des arbres attaqués, on peut remarquer la présence de mycélium blanchâtre et également de rhizomorphes noirs et très durs, similaires à des cordons de cuir. De l’été jusqu’à la fin de l’automne, apparition à la base des arbres atteints, de grosses grappes de champignons à lamelles blanchâtres. Les chapeaux sont de couleur brunâtre, de 4 à 10 cm de diamètre, les pieds souvent arqués sont d’abord pleins, puis creux avec l’âge ; ils atteignent 4 à 10 cm de hauteur.

En Italie et au Tessin, ces champignons sont appelés « chiodini » (cloux) et ils sont consommés bien que les mycologues les considèrent comme non comestibles. Il ne faut donc pas en manger en trop grande quantité et se limiter aux jeunes champignons.

La lutte

Il n’existe aucun moyen chimique de lutte sur les arbres attaqués. Les mesures à prendre sont préventives :

  • planter les arbres dans des conditions correspondant aux exigences de leur essence.
  • donner aux arbres des conditions le plus proche possible de ce qu’ils rencontrent en milieu naturel.
  • ne pas engazonner les surfaces sous les arbres, mais les recouvrir de mulch (déchets organiques).

En effet, l’armillaire se développe très bien dans les pelouses et tire profit des engrais azotés pour les gazons, ce qui n’est pas le cas des divers champignons mycorhiziens vivant en symbiose avec les arbres et luttant contre l’avancée de l’armillaire tels que le Trichoderma viride qui limite la prolifération des rhizomorphes. Les champignons mycorhiziens ont besoin d’un sol riche en matières organiques.

Lorsqu’un arbre atteint de l’armillaire meurt, essayer d’arracher la souche infectée. Cela ne suffit pas à éradiquer le champignon mais cela le privera d’une réserve de « nourriture ». Ne pas replanter de jeunes conifères dans les zones infectées, planter de jeunes feuillus qui ne subiront pas un grand traumatisme lors de la transplantation.
Ne pas trop arroser, éviter les sols gorgés d’eau.

Arbres particulièrement sensibles (liste non exhaustive) :

feuillus : bouleau, hêtre, arbres fruitiers, chêne, saule, noyer…

conifères : sapin, épicéa, cèdre, Sequoiadendron géant, thuyas…

Arbres ayant une bonne résistance (liste non exhaustive) :

feuillus : frêne, tulipier, Catalpa, Liquidambar, chêne vert, houx, Magnolia grandiflora

conifères : cyprès chauve, séquoia sempervirens, Metasequoia, calocèdre, Ginkgo, pin noir, pin sylvestre…

Cédric Leuba

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