< retour à la liste  

Mieux comprendre les arbres


"Tout le monde coupe, mais peu savent tailler !" Jean de la Qintinie, agronome français du XVII siècle. Voilà une phrase qui, bien que pro- noncée voici plus de 300 ans, reste plus que jamais d'actualité.

Il suffit de se promener dans nos parcs et jardins, d'observer les ar- bres ayant eu à faire avec les sé- cateurs, les scies ou pire encore, les tronçonneuses pour être con- vaincu que la majorité des tailleurs interviennent arbitrairement sans aucune connaissance de la biologie

Figure 1
Figure 1

des arbres. Les nouvelles connaissances de l'arboriculture moderne ne peuvent pas être résumées en un seul article. Il est possible d'aborder un thème particulier. Pour ce mois, voyons comment une branche est fi- xée au tronc. Cela paraît tout bête, et tel- lement normal... mais en y réfléchissant bien, on s'aperçoit que cela n'est pas si simple.

Autre sujet à étonnement, il a fallu attendre le début des années 1980 pour qu'enfin des résultats de recherches décrivent précisé- ment le mode fixation des branches dans le tronc.

C'est une fois de plus au Prof. américain, Alex Shigo, père de l'arboriculture moder- ne, que l'on doit ces nouvelles connaissan- ces. Bien sûr, d'autres chercheurs avaient avant lui étudié les embranchements, mais aucun n'avait publié des résultats complets, certains étaient partis sur de fausses voies.
Les études du professeur Shigo ont été me- nées sur plus de 25 ans, durant cette pério- de plus de 12'000 arbres d'essences diver- ses ont été disséqués et étudiés.

Une branche est un ensemble de rameaux qui prend naissance sur le tronc en général à partir de bourgeons latéraux formés au cours de la saison de végétation précéden- te.
La branche est alimentée en sève brute (eau et sels minéraux captés par les raci- nes) par quelques vaisseaux reliés à ceux du tronc. Le feuillage de cette branche va "fabriquer" la sève élaborée grâce à la pho- tosynthèse. Cette sève élaborée va alimen- ter en énergie la branche elle-même, per- mettre sa croissance, éventuellement la flo- raison et la fructification. Elle alimentera également en redescendant, les parties vi- vantes du tronc et le système racinaire. Cette énergie sera également stockée dans les tissus vivants des branches du tronc et des racines.

Les études du professeur Shigo ont claire- ment démontré que la sève élaborée ne pouvait pas remonter dans une autre bran- che. Chaque branche est donc dans l'obli- gation de produire sa propre énergie et doit de plus "payer" son dû au tronc et au systè- me racinaire, sans quoi l'arbre la laissera dépérir. Cette considération a son impor- tance lors de la taille ; en effet, l'énergie est fabriquée par le feuillage, en taillant trop, on prive la branche de ses ressources d'énergie et comme la sève élaborée ne peut pas venir d'autres branches, on entraî- ne un gros disfonctionnement de l'arbre, pouvant entraîner la mort de la branche.

Voyons maintenant comment une branche quelques fois pesant plusieurs tonnes, peut être fixée au tronc. Ceci est possible grâce à une succession et un enchevêtrement de tissus successifs.

Ce sont les tissus de la branche qui se dé- veloppent les premiers au printemps et for- ment un col autour de la base de la branche (figure 2a zone de couleur rouge).
En été, les tissus du tronc forment ensuite un col autour du col de la branche et vien- nent le recouvrir (figure 2b zone de couleur jaune).
Ce processus va se répéter chaque année et donner naissance à un assemblage en "rotule": des cols du tronc sur les cols de la branche. La figure 1 montre un enchevê- trement des tissus durant 3 ans de crois- sance.
Tous les embranchements ne présentent

Figure 2a
Figure 2a

Figure 2b
Figure 2b

Figure 3 : vue interne avec un embranchement de bonne qualité et un embranchement avec l'écorce incluse (signalé par le crayon)
Figure 3 : vue interne avec un
embranchement de bonne qualité
et un embranchement avec
l'écorce incluse (signalé par le
crayon)


Figure 4 : coupe correcte en respectant le col de branche
Figure 4 : coupe correcte en
respectant le col de branche
pas cette structure, il arrive que la branche et le tronc soit séparés sur le haut par de l'écorce à l'intérieur de la fourche, on parle alors de fourche avec écorce incluse (figure 3) qui n'ont pas la même résistance à la traction. Ce type de fourche occasionne de nombreuses ruptures sur les grands arbres.

Lors de la croissance d'un arbre, il est normal que les branches basses dépérissent, ceci est particulièrement vrai dans les forêts, où l'on parle d'élagage naturel. La chute des branches mortes occasionne une blessure ou les agents pathogènes divers vont s'engouffrer. Si les arbres n'avaient pas un système de défense efficace, ils n'auraient pas pu survivre depuis des millions d'années. C'est dans le col de branche que l'arbre à la possibilité de stopper les pathogènes. Il dispose en effet de zones de barrage qui pourront être activées par réaction chimique. Les zones de réaction sont caractérisées par la présence de substances antimicrobiennes, notamment des terpènes chez les conifères et des phénoles chez les feuillus.

Lors de la coupe d'une branche, il est donc primordial de ne pas endommager le col de branche, sans quoi, on prive l'arbre de ses défenses naturelles et les agents pathogènes pourront attaquer le tronc (figure 4).
Selon les essences, les cols de branche peuvent avoir des formes différentes et être plus ou moins marqués. Seule une observation attentive permettra de faire la coupe idéale. Une bonne coupe se fait en plusieurs étapes ; d'abord, on allègera la branche en la coupant à 30-40 cm du tronc toujours en commençant par faire une entaille au-dessous de la branche afin d'éviter les déchirements. Puis la coupe finale se fera en s'approchant le plus possible du col de branche sans le toucher en prenant garde encore de ne pas provoquer de déchirure.

Il est parfaitement inutile de recourir à des mastics ou autres pâtes soi-disant cicatrisantes dont aucune étude sérieuse n'a pu prouver une quelconque efficacité.

Attention tout de même à ne pas couper des branches de gros diamètre car aucune technique, si correcte soit-elle, ne permettra d'éviter le pourrissement du tronc par delà les premières barrières de protection.

L'association suisse de soins aux arbres (ASSA) organise des cours à thème de quelques jours sur la biologie des arbres. Pour tous renseignements : ASSA, CP 543, 1110 Morges.



Cédric Leuba
Bavois, le 10 avril 2001.


< retour à la liste des articles


Retour à la page d'accueil bleu-vert communication bleu-vert communication