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Réaction des arbres aux blessures
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Les arbres en milieu urbain prennent de plus en plus dimportance ; leur sort ne lais- se pas les citadins indifférents et cest tant mieux. Depuis de nombreuses années, les arbres sont suivis, taillés, mastiqués, enru- bannées, etc. Si toutes ces interventions partaient dun bon sentiment, labsence de recherches scientifiques approfondies a laissé la place à toutes sortes dinterven- tions qui, aux yeux de lhomme, devaient être bonnes pour larbre :
- pour toutes les blessures, nous avons mis au point une substance "magique", multi- fonction, appelée mastic cicatrisant. Les dé- sinfectants faisant tant de bien sur les ge- noux écorchés des enfants, pourquoi ne pas les appliquer aux végétaux ?
- un arbre se creuse et pourrit à lintérieur ? On sest empressé de le nettoyer, de grat- ter jusquau bois sain, comme le ferait un dentiste pour une carie.
Cest ainsi que la chirurgie arboricole vit le jour. Ces méthodes devinrent assez popu- laires ; il est vrai quun arbre traité de cette façon a un aspect "propre en ordre" conve- nant bien sous nos latitudes. Encore aujour- dhui des adeptes de la chirurgie arboricole continuent de pratiquer les creuses de cavi- té, les drainages, les tailles de branches au ras du tronc (flash cut), le tout généreuse- ment recouvert de mastic.
Malheureusement un arbre ne fonctionne pas comme un animal ou un être humain. Ces derniers ont la faculté de cicatriser leurs blessures. Il nen va pas de même pour les arbres. Ils ne peuvent pas réparer les dégâts, ils luttent contre les conséquen- ces des blessures et des infections en iso- lant la partie endommagée par le biais de la compartimentation.
Cette faculté quont les arbres disoler les cellules infectées nous a été révélée par le professeur américain Alex Shigo.
Durant les années 60 et 70, des milliers darbres furent sectionnés longitudinale- ment afin dêtre observés. Certains exem- plaires avaient préalablement été blessés volontairement. Les résultats de ces recher- ches permirent au professeur Shigo de mettre en évidence le principe de comparti- mentation quil baptisa "CODIT" (Comparti- mentalization of Decay in Trees), soit com- partimentation de la pourriture dans les ar- bres.
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Trait rouge = coupe idéale
Malgré la réaction de l'arbre, de
trop grosses coupes créent des
dégâts
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Lors dune blessure au tronc, larbre réagira en deux étapes :
- dans un premier temps, il y a la mise en place de zones de réaction autour de la blessure, ce qui protège le bois présent au moment de la blessure. Trois parois vont ainsi être constituées, la paroi n° 1 résistera à une propagation longitudinale des agents pathogènes, la paroi n° 2 résistera à une propagation radiale et la n° 3, à une propagation latérale;
- dans un deuxième temps, larbre créera une zone de barrage n° 4, qui séparera le bois présent au moment de la blessure du bois formé après celle-ci.
La protection des zones de réaction nest pas absolue, il est fréquent que les pathogènes prennent le dessus, mais leur avancée est freinée.
La zone barrière No 4 est, elle, très résistante à la majeur partie des bactéries et champignons. Un arbre creux, comme on en rencontre fréquemment, résulte de la destruction progressive des zones de réaction n° 1, 2, 3 et de ladmirable résistance de la barrière n° 4.
Certains arbres réussissent à isoler rapidement les zones infectées, dautres plus lentement. Le sauvetage de la plante dépendra de lénergie emmagasinée dans ses cellules. En effet, la compartimentation dans larbre demande beaucoup dénergie.
Ces recherches prouvent quau lieu daider larbre, la chirurgie arboricole laffaiblit. En creusant des cavités jusquau bois sain, on enlève à larbre sa protection naturelle pour laquelle il a dépensé tant dénergie.
Dautres zones de protection existent dans larbre. Chaque fois quun arbre perd un de ses organes, où quune branche est taillée, il y a une ouverture, une blessure qui peut être infectée par des agents pathogènes. Ces infections sont limitées par la mise en place de zones de protection. Ainsi, à la chute des feuilles et des fruits, des zones de protection sont activées.
Pour la chute ou la coupe dune branche également, larbre dispose de moyens pour limiter les dégâts. Ceci est particulièrement important à savoir pour les jardiniers amateurs et professionnels. Lorsquune coupe est effectuée en respectant les zones de protection, les risques de graves foyers de pourriture sont moindres. Lors de lenlèvement dune branche latérale, on veillera à respecter le col de la branche (bourrelet à la jonction de la branche et du tronc) en sen approchant le plus possible sans le toucher.
Trop souvent, on rencontre des coupes faites au ras du tronc. Privé de sa zone de protection, larbre aura bien du mal à contenir les diverses pourritures et autres chancres.
Ainsi avant de procéder à la coupe dune branche, il faut bien lobserver et déterminer où se situe le col de la branche. Leurs formes et leurs dimensions sont très variables dun arbre à lautre.
Attention lors de la coupe de veiller à ne pas provoquer une déchirure. Pour éviter cela, il faut dabord alléger la branche et procéder à une entaille du côté inférieur de la branche avant de scier le dessus.
Il est important de souligner que plus le diamètre de coupe est grand, plus cela représente un risque pour larbre. Lenlèvement de grosses branches est à éviter absolument.
Cédric Leuba
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